LES CITÉS OUVRIÈRES DU SEL (clic)

Le sel marin de l'île de Noirmoutier

 L'île de Noirmoutier est un polder, c'est à dire que les 2/3 de l'île sont situés en-dessous du niveau de l'Océan, pour une superficie d'environ 50km2, elle ne culmine par ses dunes qu'à 26 m au-dessus de la mer.
Elle n'en possède pas moins des paysages très variés, marais salants au centre, dunes à l'ouest et forêts de chênes au nord-ouest. 

Rattachée au continent grâce à un pont depuis 1971, le chemin de Goâ ou Gois fut longtemps la seule voie à marée basse la reliant au continent.
Cet ouvrage submersible  de 5 km est à l'origine d'un fait d'armes lors de la guerre de Vendée, suite à un premier échec d'invasion de l'île cette passe pièga les 3000 hommes de troupes du Lieutenant-Général Charette à la bataille de Noirmoutier en 1793  rendant un repli impossible des hommes de troupe dû à l'horaire de passage juste avant marée haute, il n'y avait pas d'autres issues que la victoire ou la mort.


Longue de 18 km pour une largeur entre 0,5 et 12 km.


L'histoire de l'île commence aux temps celtiques où elle s'appelait l' île d'Her et c'est à la suite de la fondation du monastère (Moustier d'Her) en 678 par St Philbert qu'elle prit son nom actuel. Les moines bénédictains assèchent et restructurent les marais déjà existants et relancent la production du sel au VIIème siècle apportant une certaine prospérité à l'île.

Au milieu du XVIIIème siècle l'île de Noirmoutier devient le grenier à sel de l'Europe grâce à la famille Jacobsen qui construisit une digue augmentant la superficie de l'île de près de 1000 hectares et permettant l'aménagement des marais salants.

Au début du XXème siècle on récolte encore 30 000 tonnes de sel, les îliens se tournent de plus en plus vers la production de primeurs et en particulier la pomme de terre "  bonnotte " ainsi que la culture de l'huître abandonnant progrèssivement les salines et en 1985 la production annuelle chute à 600 tonnes, le métier de Saunier est devenu une activité de complément.
Depuis quelques années on note cependant un engouement pour la remise en état "des jardins du sel" la saliculture est relancée, le site des marais salants alimenté par 3 étiers et formant un vaste réseau de canaux et de bassins occupe 1500 hectares soit un tiers de l'île, une centaine de Sauniers récolte environ 1500 tonnes de sel marin par bonne année. 


Derrière les marais salants le château et l'église St Philbert de Noirmoutier-en-l'île.


Le travail des Sauniers

Alors qu'on les appelle Paludiers (palud : signifiant marais en vieux français), sur la presqu'île guérandaise au nord de la Loire, on nomme les récoltants du sud de la Loire : Saunier de la profession qui troquait le sel d'une saunerie récoltée autrefois sous l'action du vent et du soleil, tandis qu'en Lorraine au pays du Saulnois : Le Saulnier avec un L, muni de son râble procédait au salinage dans des poëles à saumure  rectangulaires chauffées par le feu.

Pour la récolte, l'appellation de l'outil d'extraction du gros sel des oeillets diffère aussi suivant les régions :  le las du Paludier guérandais devient l'ételle du Saunier noirmoutrin.


L'outil de récolte du gros sel.


A l'automne une fois le roulage du gros sel terminé vers les salorges, ces bâtiments qui abritent la récolte, la coopérative qui regroupe près d’une centaine d’adhérents, soit 90% des producteurs de l’île  met à la vente et soutient activement la démarche des Sauniers de l’île de Noirmoutier, dans le sens de la qualité permanente et du respect des traditions.

La saline est un endroit fragile qui se dégrade rapidement,  le passage de la brouette durant le roulage sur les ponts les a écrasés, la vase s'est déposée pendant l'hiver et des algues se sont développées. Toutes ces dégradations impliquent un entretien annuel de la saline, c'est pourquoi le Saunier chausse ses bottes et prend sa pelle au-début de l'hiver pour commencer les travaux à partir de la vasière, point le plus haut du système hydraulique du marais salant pour l'entretien et le curage des canaux, des digues et des bassins de la saline, sur ces travaux annuels se greffent des travaux périodiques.

 
Saunier et marais salant à Noirmoutier.


Tous les 2 ans : le rayage, consiste à éliminer les dépôts de vase du pourtour intérieur des vasières, cette opération permet aussi de récupérer les poissons prisonniers de la saison. Le bennage des surfaces tous les 10 ans permet de  regagner les niveaux d'origine.

Au printemps il faut apprêter et décaper les oeillets que l'on à mis à sec juste avant la récolte puis c'est l'alimentation du marais en eau de mer et les réglages jusqu'à la première cristallisation et la nouvelle récolte.

Par analogie au marais guérandais: la vasière -  le cobier-  le fard -  l'aderne                 
sont appelés à noirmoutrin : le vasais -  la branche  -  la pèce -  la pèce améttante  
Au marais salants rétais : le vasais -  la métière -la table courante - la nourrice 
Au marais oléronnais     : le jas   -  la métière   - la table  -  le muant         

Les oeillets de Guérande et Noirmoutier : aire saunante à Ré  -  aire de récolte à Oléron.  
Les surfaces de stockage, ladures ou l'on place la récolte journalière deviennent tesseliers; le lieu de  stockage du sel le trémet se nomme la bosse.
Le mulon devient un pilot de sau à  Ré, et le canal d'amenée d'eau : le taleu que l'on contrôle par barrage avec la chette. Tout un vocabulaire de synonymes qui varient d'une région à l'autre.

Le sel fut longtemps la plus grande richesse de l'île, toutefois l'arrivée du pont facilitant les communications avec le continent a favorisé un important essor touristique devenant un haut lieu du tourisme vendéen  mais provoquant aussi la fuite des jeunes îliens qui ne trouvent plus aucun logement à prix abordable dû à une forte inflation des prix de l'immobilier.


Le bois de la Chaize ses plages, son phare et son embarcadère.


Dès 1900, Noirmoutier fut une célèbre station balnéaire une centaine de villas en bois  furent construites au bois de la Chaize ce lieu enserrant la plage des Dames l'une des plus réputées de Noirmoutier ou accostait le bateau de Pornic avant 1971. Pins, chênes verts, mimosas et leur floraison qui embaument en février, preuve d'un micro-climat ressemblant à un coin de côte d'azur.

A la Guérinière un musée des traditions de l'île nous fait découvrir les métiers, les activités en particulier la saliculture et les modes de vie des insulaires au début du 20ème siècle, on peut y voir aussi les quatre moulins de la Court fièrement installés sur le haut des dunes.

Ces moulins qui servaient à moudre les grains de blé  afin de les transformer en farine, édifiés sous l'impulsion de St Philbert au 7ème siècle se servaient alors des marées comme force motrice, remplacés par des moulins à vent au XIIIème siècle, le dernier s'arrétera de fonctionner en 1950, une vingtaine de ces emblèmes restent disséminés dans l'île.


Collection : Le Salinier.