Au fil du temps

Sainte Barbe et les mineurs de sel de Lorraine

Tous les ans début décembre, les mineurs de sel utilisant les explosifs sous terre fêtent leur Patronne Sainte Barbe, cette tradition remonte au début du 20ème siècle où les mineurs achetaient alors leur poudre.

Quatre puits miniers ont été foncés en Lorraine à la fin du 19ème siècle dans les Salines : 1871 pour St Laurent d'Einville, 1872 pour Maugras de Rosières-Varangéville, 1855 pour St Maximilien et 1856 St Jean-Baptiste de Varangéville, seul la saline et mine St Nicolas de Varangéville reste en activité, les deux autres fermeront fin des années 1950. Les 3 mines et 3 églises du bassin salifère célébreront le culte de Sainte Barbe dans les Églises de, St Laurent d’Einville, St Basle de Dombasle, St Gorgon de Varangéville, la protectrice représentée dans chacune d'elle sous forme de vitrail ou statue.


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Qui était Sainte Barbe ?

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Statue Ste Barbe église d'Einville France
  


A  Einville le 4 décembre, les mineurs du puits St Laurent se rendent à la messe du matin, suivie de la bénédiction et distribution de brioches offertes par la direction. La journée se poursuit par un banquet dans une salorge de la saline située le long du canal, et au rez-de-chaussée les convives peuvent s’adonner à la danse.
Cette mine exploitée à partir de 1877 par galeries de 4,5 m de hauteur sur 10 m de large n'est plus exploitée, on peut encore voir la statue de la Sainte déposée depuis 1950 en l’église d’Einville, celle-ci est réalisée en 1949 sous l’impulsion de 2 artistes, Robert Mermet pour le dessin et le moulage plâtre et Pierre-Dié Mallet pour la sculpture en bois. Un jeune homme de la commune Bernard Yung, agenouillé à ses pieds, torse nu, comme travaillaient les mineurs de l'époque, lui présente un bloc de sel gemme de la mine et dans sa main gauche il tient une lampe à carbure, derrière eux la tour est représentée.



Carreau mine St Laurent 1949

Fin des années 1950 la saline est mise à l'arrêt, les mineurs embaucheront à la mine St Nicolas
de Varangéville. L’activité souterraine ayant cessé la fête de Ste Barbe des mineurs d'Einville n’est plus célébrée aujourd’hui.
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Ste Barbe Rosières-Varangéville France



A la saline Maugras, à l'inverse de la coutume, le puits et la mine qui datent de1871 n'ont pas été sacralisés, ils garderont l'appellation du nom de la concession souterraine Rosières-Varangéville qui s'étend sur plus de 850 hectares. A la fin des années 1930, au puits de mine R-V, la Sainte est embarquée sur le carreau de mine sur un piédestal à 4 porteurs ainsi que l'oriflamme à son effigie et ses symboles la caractérisant ( tour, palme épée), en bas un  pic à veine et masse entrecroisés représentent les mineurs de sel, et 2 croix de Lorraine en partie haute pour la région. Les mineurs en tenues de fête partent pour la journée à pied et en cortège vers l’église de Dombasle afin d'assister à  la messe célébrée en leur honneur.

Carreau mine R-V 1957

Église de Dombasle
La Sainte est représentée dans l'église de Dombasle sur un vitrail réalisé par le maître verrier Emmanuel Champigneulle restauré en 1924 par Georges Janin. Elle est symbolisée par une tour en arrière-plan, un ciboire et l’hostie rappelant la célébration de l’Eucharistie confirmant sa conversion au christianisme. Un éclair rappelle l’intervention divine foudroyant son bourreau de père le réduisant en cendres. 
Après l’office, le cortège reprend sa route jusqu’au restaurant Tivoli de Dombasle lieu du banquet offert par la direction, un défilé bruyant ou l'on tire des pétards pour rappeler les explosifs utilisés à la mine.

Retour en soirée des mineurs toujours à pied, une journée festive très physique pour les porteurs et digestive pour les participants.


Avant guerre, la statue était gardée annuellement par différentes familles de mineurs entre chaque cérémonie du 4 décembre. Dans les années 1970 un responsable des salines de Varangéville fit déposer les emblèmes de la sainte dans un nouveau musée du sel en Moselle ou elle semble un peu étrangère à l' époque, ce musée traitant du sel de briquetage datant de la protohistoire, souhaitons qu'un jour elle réapparaisse dans les églises qui ont célébré son culte pour les mineurs de sel.  

Cette mine aujourd’hui désaffectée servait à l’approvisionnement de la soudière Meurthe située dans la même enceinte, elle possède une nappe de saumure souterraine saturée en sel résultant d'une inondation suite à la technique d'abattage, sur ses bords des concrétions solides salées de milliers de micro-cubes de sel agglomérés se forment au fil du temps, ils sont d'une qualité et d'une pureté exceptionnelle. On fabriquait le sel minute en saline, brassé par spatulage ainsi que le fameux sel écaillé de poêle en forme de pyramide creuse appelé aussi sel pagode par les anciens saulniers, croquant sous les papilles comme la fleur de sel actuelle.

La base du puits de cette mine communiquant avec la mine St Nicolas, sert d'issue de secours pour remonter les mineurs de Varangéville éventuellement bloqués au puits St Jean-Baptiste.


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Ste Barbe Varangéville France
A Varangéville, le dernier carré de mineurs en France perpétue cette tradition tous les ans avec les emblèmes symbolisant leur protectrice. Sur la  bannière de procession en tissu brodé et passementé, la Sainte est représentée tenant dans sa main droite l'épée qui servit à son martyre, dans sa main gauche les éléments eucharistiques représentés par le livre saint, le ciboire contenant l’hostie illustrant sa conversion à la religion chrétienne et en arrière-plan la tour où elle fut retenue prisonnière par son père.

Sur la statue monochrome accompagnant les cortèges, on peut voir à ses pieds la tour à 3 fenêtres symbolisant la sainte Trinité, cette union de 3 personnes en un seul Dieu, dans sa main droite elle tient la palme de son martyre, cette récompense symbolique démontrant qu’elle est morte pour sa foi.


Carreau mine St Nicolas vers 1960.

Une réplique polychrome plus ancienne est installée dans le parement salé de la recette inférieure du puits St Jean-Baptiste de Varangéville, c'est cette statue qui servait aux cérémonies passées mais sa fragilité due à son grand âge font qu'elle y repose en permanence désormais. Elle rassure et  protège les mineurs lors de leur passage en galeries au fond de la mine St Nicolas.

Avant la 2ème guerre mondiale les mineurs de Varangéville se réunissaient dans une salle de réception creusée manuellement par les mineurs, au pic à veine et à la rivelaine dans le gisement salifère, et c’est par le puits St Jean-Baptiste que personnel et direction descendaient en fond de mine pour célébrer leur Sainte Patronne ou, apéritifs, cigarettes et cigares étaient offerts sur des tables nappées de papier kraft recouvert de sel fin blanc donnant une allure de fête.


A partir des années 1950 le Comité d’Entreprise crée un comité d’organisation Sainte Barbe qui aura pour but d’organiser cette célébration chaque année la première semaine de décembre.

Ci-contre cortège Sainte Barbe à l'entrée de l'église St Gorgon en 1963, une des premières sortie pour la nouvelle statue.

On reconnait sur la photo de Mme Serey, son père Mr Jacquemin, l'homme au chapeau derrière la statue, ancien Directeur  des salines de Laneuveville et de Varangéville et à ses côtés  Mr Clavel Maire de Varangéville à l'époque.

Mr Jacquemin était aussi le grand-père de Hervé This créateur de la gastronomie moléculaire.   

La journée commence par une messe en l’église St Gorgon de Varangéville, la Sainte est représentée sur un vitrail réalisé en 1925 par l'artiste d'art-nouveau de l'école de Nancy  Jacques Gruber, on retrouve sur le vitrail le symbole de la tour et la présentation du livre saint.


 Église de Varangéville
Après l'office, la direction procède à une remise de médailles du travail à la salle des fêtes, suivi d’un apéritif d’honneur avec ses fameuses brioches individuelles accompagnant les traditionnels verres de vin cuit alignés sur les tables. 

Le banquet accueille beaucoup de monde, il était servi dans des restaurants de la banlieue nancéienne où dans un atelier nettoyé et rangé de l’usine servi par un traiteur local. 
Le soir l’organisation syndicale faisait danser les convives au cours d'un grand bal populaire à la salle des fêtes de Varangéville.
Par manque de fréquentation, l’office religieux fut supprimé dans les années 1980 et la cérémonie modifiée.


Aujourd’hui elle se déroule en 2 temps.
En soirée, fanfare en-tête les mineurs de sel en tenue de travail lampe frontale allumée, bannière déployée, emmènent à l’épaule la Sainte sur son piédestal, suivis des porteurs de gerbes et des participants pour un défilé dans les rues de la ville.

Un hommage aux disparus est rendu aux monuments aux morts ainsi qu'au cimetière de Varangéville avec dépôt de gerbes. Les participants se retrouvent ensuite à la salle des fêtes pour un apéritif offert par le Comité d'Établissement.
Le lendemain vers 12 h la Direction honore les médaillés du travail en présence des élus du canton, du département, de la chambre de commerce et après les différents discours des responsables, un repas festif est pris en commun par tous les convives.