Au fil du temps

Les anciennes Salines de Laneuveville-devant-Nancy

Laneuveville-devant-Nancy
À l'origine, Laneuveville-devant-Nancy s'appelle "Nova Villa juxta Nanceium", avant de prendre par évolution toponymique son nom vers 1888.

C'est en 1972 que Pierre-Dié Mallet, peintre imagier spécialiste de l'héraldique composa les armoiries de Laneuveville. Le blason représente le village de Laneuveville brochant sur l'écusson de Nancy.
 La devise : "Dans mes eaux le sel de ma prospérité".

Héraldique du blason : d'azur à la champagne de sable chargée d'une charrue contournée d'or au soc d'argent accompagnée en chef d'un soleil d'or à dextre et d'une lune de même à sénestre, ces deux astres surmontés de quatre étoiles de même.
 Le tout chargé en chef d'un écusson aux armes de Nancy (d'argent au chardon arraché de sinople fleuri de pourpre au chef d'or à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent). Un village d'argent broche sur le tout.

Selon la devise le sel était aussi le premier employeur de Laneuveville à la fin du XIXème jusqu'à moitié du XXème siècle, le carbonate de soude prendra le relais jusqu'à nos jours avec la soudière.
Le procédé industriel du sel ignigène étant basé sur l'évaporation de saumure par le feu, on utilisera des poêles à carneaux répartissant la chaleur à la base  pour sa cristallisation, toutes ces salines fonctionnant sur le même principe se ressemblaient beaucoup.


A partir de 1870, 5 salines seront construites et exploitées sur le territoire de Laneuveville.


La grosseur des cristaux de sel étant proportionnelle au temps séparant son extraction des poêles à une température plus ou moins élevée, on l'appelait à cette époque 9 heures, 12h, 24h, 48h etc...,
Pour donner un exemple, un sel fin était obtenu à une température de 105°C pendant 6 heures dans une poêle ronde hermétique à racleur.
Ces poêles à agitateur mécanique de 7,50 m de diamètre seront construites en grande partie à Dombasle par la Société Perbal qui participa aussi à l'effort de la Grande Guerre pour la production d'obus. Aujourd'hui disparue elle était installée à l'emplacement de l'actuel "Atrium" de Dombasle.
L'association poêle ronde et poêle rectangulaire se généralisera, car la vapeur d'ébullition résiduaire de la ronde servait à chauffer la rectangulaire pour fabriquer du gros sel 24h.
Les poêles rectangulaires recouvertes de hottes ou manteaux servaient dans un premier temps à contenir la chaleur d'évaporation dégagée par la bouillie de saumure mais aussi à son égouttage. Le Saulnier la plaçait après son extraction sur les manteaux à l'aide d'un râble, après quelques heures les cristaux humides étaient transportés vers les magasins pour terminer leur séchage
.   
Dans chaque saline 30 à 80 Employés et Saulniers étaient nécessaires pour la bonne marche des installations, cependant la saline dénommée M-D, fonctionnant à partir de la soudière voisine, ne comprenait qu'une dizaine de Saliniers.


Saline de Laneuveville 1870-1924



La saline de Laneuveville était située au Pont de Saint Phlin, au croisement de la route nationale et de la voie de chemin de fer Paris-Strasbourg, ce lieu dit " Phlin ", d'une déformation de Félix 3ème Évêque de Metz mort vers l'an 120 de notre ère était romain d'origine, il subit de nombreuses persécutions qui lui vaudront sa sanctification.
Le fondateur de l'usine Mr Maringer malgré un permis de construire datant seulement de 1872 pour une durée d'exploitation de 50 ans  embauchera Mr Demonet pour sa construction en 1870, ce dernier en deviendra Directeur jusqu'en 1877 ou Mr Léon Jacquemin lui succédera.
Ce dernier va faire construire à l'intérieur de l'enceinte de la saline une chapelle dite " Jacquemin " pouvant contenir 120 personnes en raison de l'importance de la nouvelle population travaillant en ces lieux.
La concession comprenait 700 hectares répartis sur les communes de Laneuveville-devant-Nancy, Art-sur-Meurthe, Ville-en-Vermois et Fléville.
Dès 1871, avec 4 sondages en exploitation et une machine à vapeur qui remplissait 3 réservoirs d'eau salée,
la saumure distribuée dans les bâtiments de cristallisation comprenant 2 poêles rondes de 7,5 m de diamètre et 4 poêles rectangulaires de 22 x 9 m chauffées au charbon, rendait 100 000 quintaux de sel cristallisé par an.
En 1872, Une voie ferrée Decauville de 0.80m reliait le magasin à sel vers la ligne Paris-Strasbourg et vers le port de La Madeleine pour les expéditions.
Plusieurs constructions complétaient cet ensemble, maison de direction, bâtiment de régie, magasin à sel, logements des employés, ainsi qu'un local pour les douanes, le transport du sel étant encore très réglementé à cette époque.
En 1924, cette saline ne fabriquera plus de sel cristallisé suite à son bail de 50 ans, seule la saumure de sa concession sera exploitée par la saline annexe Marchéville-Daguin.





Le nom de cette saline tient d'un lieu situé à la limite des territoires de Jarville et Laneuveville, dédié à la fille du Duc Walbert de Hainaut et de Lorraine, fondatrice avec son frère vers 614 de l'Abbaye de St Pierre-aux-Nonnains.
Valdrée propriétaire des domaines de Jarville et Laneuveville, sera canonisée Sainte après sa mort en 630, pour sa charité envers les pauvres et les soins qu'elle prodiguait aux malades grâce à la source bienfaitrice voisine attribuée à Hygie.
Lors de la construction de l'usine par Mr Franck en 1874, de nombreux squelettes victimes de la bataille de Nancy en 1477 confrontant le Téméraire au duc René II seront découverts ainsi que de nombreuses  poteries de l'époque mérovingienne.

En 1877 la Compagnie des Salines de Ste Valdrée est constituée, elle a pour objet l'exploitation d'une mine de sel gemme et de sources d'eau salées sur un ensemble de 602 hectares de concession  entre les territoires de Laneuveville, Jarville, Fléville, Art -sur-MeurtheTomblaine.
En 1878, elle compte 2 bâtiments d'évaporation chauffés à la houille avec 3 poêles rectangulaires de 250 m2 pour fabriquer le  gros sel.
En 1896, Mr Franck devenu Directeur des salines de Dax, ce sont ses fils Max et Amédée qui vont administrer et moderniser la saline avec la construction de nouveaux bâtiments. Deux nouvelles poêles rondes étanches à l'air de 10 m de diamètre sont installées pour la fabrication du sel fin, la chaleur résiduaire de ces poêles rondes réchauffait 2 nouvelles poêles rectangulaires pour récolter du gros sel .
Vers 1900, un évaporateur clos horizontal de 500 m2 viendra compléter les installations pour du sel mi-fin.
En 1924, la saline est rachetée avec celle de Dax par la Cie des Salins du Midi.
A partir des années 1950, elle fusionne à nouveau avec celle de Salzbronn, mais un projet de fusion de toutes les salines de la vallée du bassin de Nancy mettra fin à son exploitation en 1958.





Une concession de 339 ha va être accordée à cette saline la plus proche du centre ville actuel ou 3 sondages de 260 m de profondeur seront forés, la construction démarrera en 1880 pour une durée de 99 ans d'exploitation.
Dans les bâtiments d'évaporation abritant 2 chaudières à charbon reconnaissables avec leur hautes cheminées produisaient 100 kg de sel avec 33kg de charbon en 1920, grâce à l'optimisation des installations, en 1966, on obtenait une tonne de sel avec 19 kg de charbon.  
Les Saulniers produiront environ 610 000 tonnes de sel cristallisé jusqu'en 1967 à partir de 2 poêles rondes et 6 poêles rectangulaires de 28 m de long.
En 1953 La saline sera dotée de la première chargeuse hydraulique sur pneus de la région, elle servait au ramassage, transport et remplissage du sel depuis les stockages jusqu'à la trémie d'ensachage en sac jute de 100kg. 
Suite au projet de regroupement de toutes les petites salines par Pierre Jacquemin, 1965 verra sa fusion avec la Société Salinière de l'Est et la cessation de son activité en 1967, puis sa destruction vers 1970 laissera la place à la nouvelle résidence des Aulnois actuelle composée de 175 logements.





Cette saline bien que située sur le territoire de  et entre Laneuveville et La Madeleine prendra le nom de sa concession de Bosserville du nom de la Chartreuse fondée en 1666 ou s'installèrent des Moines Chartreux de l'ordre fondé par St Bruno en 1084.
 Sa construction va débuter en 1889 pour un bail d'exploitation de 99 ans, une surface de 302 ha lui sera accordée à la même date, répartie sous les communes d'Art-sur-Meurthe et Saulxures-les-Nancy ou 4 puits de sondages seront forés en 1889,1895,1900 et 1917. 
Disposant de 3 réservoirs d'eau salée , 4 poêles rectangulaires, 2 chaudières et une machine à vapeur, la saline produira 240 000 t de sel de 1896 à 1932.
A l'intérieur de l'enceinte la maison du Directeur, 5 maisons pour les Employés, un local de douane, et en 1923, 2 bâtiments préfabriqués abriteront des Travailleurs immigrés recrutés pour son bon fonctionnement.    
Elle emploiera en moyenne une trentaine d'Employés et Saulniers jusqu'en 1932 date d'arrêt de sa dernière production. En 1939 elle sera démantelée et en 1959 sa concession sera vendue pour le compte de la Société Salinière de l'Est .





La particularité de la saline annexe Marchéville-Daguin et Cie est qu'elle dépendait de la soudière de La Madeleine à qui la concession de 606 ha avait été accordée pour la fabrication de soude, sur les territoires de Laneuveville,  Ville-en-Vermois, et Rosières-aux-Salines augmentée en 1885  par celle de St Nicolas et Varangéville pour une superficie de 1374 ha.
Son style d'architecture est complètement différent, construite en 1912 ses 3 bâtiments en béton abritent chacun une poêle de 50m de long et 10m de large. Il n'y a pas de chaudière, on utilise la chaleur des eaux résiduaires de la soudière que l'on envoie vers des échangeurs embarqués dans les 3 poêles.
La cristallisation s'opérait autour des collecteurs des échangeurs puis on plaçait la récolte sur des wagonnets égouttoirs.
Plus tard 2 essoreuses viendront compléter le dispositif  d'égouttage de la bouillie pour son stockage. Une bande transporteuse permettait la reprise pour le chargement en vrac des péniches le long d'un quai aménagé au bord du canal de la Marne au Rhin.
La saline subira de nombreuses interruptions de production suite à la modification de sa toiture en 1920, à l'élargissement du canal en 1924 puis des voies ferrées en 1924 et 1940, et enfin à un bombardement en 1940.
Ne pouvant fonctionner qu'avec la soudière elle cessera son exploitation en 1960 suite à la modification du procédé d'épuration de l'eau salée et sa démolition sera ordonnée en 1994.  
La mise en service de la nouvelle saline de Varangéville en 1966 avec ses installations à trois et cinq effets en évaporateurs clos pouvant produire 180 000t de sel raffiné par an, verra l'extinction totale des 5 salines de Laneuveville.
Pierre Jacquemin Polytechnicien, Président de la Société Salinière de Lorraine et du comptoir Socosel fermera 23 salines au total dans la région Lorraine et en Franche Comté pour réaliser son projet de concentration sur la saline de Varangéville, il abandonnera ses fonctions lors de l'absorption de cette saline  par la Cie des Salins du Midi (CSME) en 1968, il était le fils de Léon ancien Directeur de la saline de Laneuveville en 1878 et le grand père de Hervé This le très médiatique spécialiste en gastronomie moléculaire.


Retour