Nouvelles hivernales 2017

Les marais salants de l'île d'Oléron

Aux temps préhistoriques il semble, que l’île d’Oléron faisait partie intégrante du continent, constituée essentiellement de calcaire gréseux, elle fût séparée du continent à la fonte des glaces à la fin du paléolithique.

Appelée Ularius par Pline l'ancien et occupée pendant plus de 4 siècles par les romains, ce sont les Moines bénédictins de Cluny qui aménageant des marais salants vont récupérer cette manne océanne qu'est le sel marin et enrichir l'île à partir de 1077.

Le relief de l'île est dans son ensemble peu élevé, son point culminant se situant dans les dunes de Saint-Trojan.
Avec ses 30 km de long et 6 km de large Oléron deuxième île métropolitaine française après la Corse pour une superficie de 174 km², était surnommée l'île aux parfums par Pierre Loti qui y repose depuis 1923.
Depuis 1966, l'île d'Oléron a perdu en partie son insularité depuis la construction d'un pont-viaduc d'une longueur totale de 3 027 mètres (2 862 mètres sans les rampes d'accès).




A partir du XIIème siècle l'île passe sous domination anglaise suite au mariage d'Aliénor d’Aquitaine et d' Henri II d’Angleterre, l'île bénéfiçiera de nombreux privilèges.
En 1189, Aliénor d'Aquitaine âgée de 66 ans séjournant dans son château d'Oléron promulgue le premier code maritime d'Europe : les rôles d'Oléron (une série de règles écrites sur rouleaux de parchemin  concernant les vaisseaux et leurs équipages) preuve de l’importance de l’activité maritime avec le transport du sel et du vin.
L'île sera de nouveau rattachée au royaume de France en 1372 et devra lutter contre les taxes sur le sel, les marais salants qui occupent une grande partie de l'est et du sud de l'île près d'Ors, St-Pierre, Sauzelle où La Brée procurent d' importantes sources de revenus. La guerre de Cent Ans freinera un temps cette prospérité de saunerie jusqu'en 1450, puis dès 1546 la réforme protestante s’étend dans l'île, les sauniers, révoltés contre la gabelle (impôt sur le sel), participent aux combats.


Créer en 1342, les greniers à sel stockent le sel  gabellé au titre de monopole d'état.

 
En 1628 après le siège de La Rochelle, le culte protestant est interdit dans l’île, ruinés par les combats incéssants beaucoup de Sauniers s’exilent.
Tout au long des XVII et XVIIIème siècles, l’île est sous la domination des Seigneurs de Pons, avec plus de 85 000 aires saunantes  l'activité de saunerie est florissante.
Au début du XIXème, l’économie de l’île repose surtout sur l’exportation du vin et l’ostréiculture, les salines sont en net déclin, la plupart ont été soit abandonnées, soit transformées en claires ostréicoles ou bassins piscicoles. La renommée de l’or blanc, réputé pour ses qualités en salaison, a été supplantée par celle des huîtres Marennes-Oléron, il ne reste alors que 250 aires-saunantes exploitées par 5 salines.


Marais salants abandonnés.


Après la 2ème guerre mondiale, les marais salants redeviennent des friches, devant la volonté de restaurer cette culture du sel  très importante autrefois et occupant des centaines de personnes, les élus de l'île lancent l'idée d'une réimplantation de l'activité. En 1990, à Grand Village, un marais tout neuf est créé par une équipe de Paludiers guérandais, à ce marais salant, s'ajoute le projet, de création d'un écomusée, d'un grenier à sel, de quais, d'un port et de cabanes qui permettront de faire connaître ce savoir-faire séculaire,  tandis qu’au Douhet et à Boyardville, d'anciens marais du Xème siècle sont remis en exploitation.

En 1994, le site de l'écomusée du Port des Salines est inauguré, il retrace l’histoire de la saliculture et de l’ostréiculture, on peut voir le Saunier cueillir la fleur de sel et récolter le gros sel en fin de journée pendant la période estivale, des visites guidées du grenier à sel dans lequel il stocke sa production, et qui lui sert également de magasin pour la commercialisation, les travaux de chaque saison du marais, les outils des sauniers, toute une activité renaissante.


Marais salants et salorge au Port des Salines à Grand Village .


Le Port des Salines, écrin naturel labellisé Pôle Nature, compte  aujourd'hui 5 marais salants qui sont gérés par la C C de l'île d'Oléron.
Toute proche d'Oléron, l'île Madame doit son nom aux Dames de Saintes qui en étaient propriétaires, on y accède à marée basse depuis Port des Barques par un tombolo nommé :  "Passe-aux-boeufs", sur ces 75 hectares une ferme aquacole auberge exploite aussi un marais salant par tradition depuis 1980.


L'île Madame et son tombolo, au-dessus l'estuaire de la Charente.


Le principe de fonctionnement des marais d'Oléron reste le même que les autres marais salants de l'Atlantique mais le vocabulaire en est tout aussi différent : L'eau de mer canalisée par des russons (étiers à Guérande) dessert une prise de marais par l'intermédiaire d'une vareigne (écluse) qui permet de réguler le niveau du jas (vasière).
L'eau est ensuite conduite dans les métières par des petits canaux nommés couets, dirigée ensuite vers les conches, ces circuits entrecoupés de bandes de terre permettent l'évaporation, l'eau de mer déjà bien saturée chemine ensuite dans les muants réserve journalière de saumure avant cristallisation dans les aires de récolte.
Pour la récolte, le Saunier équipé d'une simouche (lousse), cueille la fleur de sel qu'il  place dans un servion ( passoire pour l'égoutter);  le simoussi (las)  lui permet de récolter le gros sel qu'il rassemble sur les levées (ladures) ces chemins séparants les aires saunantes.
Le sel est ensuite roulé à la brouette pour être placé en pilot de sau (mulon) sur la bosse (trémet).
Découverte

Ancienne forteressse du XVIIème siècle, le Château-d'Oléron était destiné à défendre le Port de Rochefort à l'embouchure de la Charente par une ceinture de feu depuis Fouras et l'île d'Aix avec plusieurs forts dont Boyard, Enet, Vauban, Rade.


La forteresse de Château d'Oléron.


Le marais aux oiseaux, parc ornithologique de 30 hectares que l'on peut visiter ainsi que les jardins de la Boirie d’inspiration anglaise.
Il ne faut pas manquer non plus le phare de Chassiron mis en service en 1836, jalonnant la pointe nord de l'île qui du haut de ses 224 marches, offre un vaste panorama sur les dangereux récifs d'Antioche.
Tout autour de la pointe on peut découvrir à chaque marée descendante, les écluses à poisson construites sur les rochers qui emprisonnent (orphies, seiches, mulets, congres, bars et dorades).


Phare de Chassiron et reconstitution d'une écluse à poissons.

Les outils pour cette pêche originale possède également un vocabulaire spécifique : l'espiot (un sabre pour assommer le poisson), l'aveneau (filet à 2 manches), le bourgnon (piège à poissons placé au fond des écluses), la gourbeille (panier d'osier pour les transporter).


Collection : Le Salinier.