Mines et Salines de Lorraine

Les Digues de la vallée industrielle du Sel

Pour la fabrication de la soude , les Soudières se servent de deux matières premières , le calcaire qui produit le carbonate et le sel  apportant le sodium.
En fin de procédé du cycle de production , on obtient un produit fini , le carbonate de sodium et un produit non commercialisable correspondant aux impuretés du calcaire et du sel.
C'est ce liquide blanc chargé en chlorures salés et en éléments minéraux solides ( gypse et calcaire ) que l'on va diriger par conduites  vers des bassins de décantation appelés plus communément " digues "


Résultat du process de fabrication de la soude.


Le traitement de ces sous-produits formant des boues liquides va nécessiter plusieurs opérations dans des bassins permettant de les séparer , de stocker les éléments solides et réguler les rejets liquides en rivière .


Le bassin de décantation

Son rôle comme son nom l'indique consiste à séparer les liquides par décantation des solides , ces derniers resteront stockés dans le bassin sous l'appellation de " Blanc ".
La reprise des liquides s'effectue par siphonnage où pompage dans un secteur bien précis du bassin aménagé pour leur évacuation vers le bassin de modulation.
  
Les effluents sont d'abord déversés sur le pourtour du bassin qui en augmentent le niveau , lorsque celui-ci approche la hauteur limite du remblai , les boues sont aiguillées vers un deuxième bassin permettant la surélévation du premier , favorisant  ainsi la consolidation du " blanc "  pendant les travaux de réhaussement qui durent généralement un an.


Un bassin en exploitation , un autre en réhaussement.


Un bassin de décantation est constitué d'une digue périphérique fermée en forme de tronc de pyramide , construite en  matériaux calcaire déclassés utilisés dans les fours à chaux des soudières .
En dessous de la surface de digue, une couche de marnes imperméables recouverte de graviers alluvionnaires, et au-dessus un tapis de limons argileux et de terre végétale rapportés d'un mètre d'épaisseur, servent de base à l'ouvrage . 
Par sécurité une couche drainante de deux mètres placée en pied  du remblai sert à évacuer les derniers liquides d'asséchement du blanc vers un fossé périphérique , évitant ainsi toute surpression dans la partie basse du bassin .
Un pompage des eaux de fossé entourant l'ouvrage permet de récupérer les écoulements du drainage en période de faible étiage. 


Coupe schématique d'une  " digue ".


Prévue pour fonctionner une cinquantaine d'années , les bassins se transforment au fil du temps en immenses  buttes de 20 à 50 hectares de superficie pour une hauteur d'environ 40 m .


Ces ouvrages caractéristiques jalonnent la vallée industrielle saline de la Meurthe modelant son paysage.  


Le bassin de modulation

Le rôle du bassin de modulation est de servir de réservoir tampon  entre la soudière et la rivière , les apports de liquide clair venant des bassins de décantation étant constants en période de production , son cycle de fonctionnement est calqué sur les saisons.
On le remplit en été et en automne , périodes de faible étiage ,  et on le vidange en hiver et au début du printemps lors des forts débits de la Meurthe.
Un bassin de modulation est constitué d'une digue en matériaux alluvionnaires prélevés sur place où vient s'appuyer une paroi étanche réalisée en béton bitumeux sur tout le pourtour , il est élevé d'environ 8 m par rapport au sol pour une capacité de plusieurs millions de m3.
Ancré dans les marnes imperméables situées sous la couche d'alluvions , il est ceinturé également d'un fossé de protection permettant le pompage de fuites éventuelles.

 Demi-coupe d'un bassin de modulation.


A la différence du bassin de décantation il ne reçoit aucun élément solide , sa configuration reste donc la même au fil du temps sans jamais être surélevée. 
La création des bassins de modulation datent seulement d'une vingtaine d'années , leur vidange est réglementée selon des normes et prescriptions bien précises , c'est un groupement d'intérêt commun entre les soudières qui gèrent leur fonctionnement. 

Le respect de ces prescriptions permet de satisfaire aux exigences de la convention internationale relative à la protection du Rhin contre les chlorures, conclue à Bonn le 3 décembre 1976 entre tous les Etats européens concernés, dont la France, et complétée en 1983 par plusieurs protocoles additionnels.       

Au fil des années les talus des digues sont boisés afin d'intégrer à l'environnement ces montagnes de boues séchées , aprés l'arrét d'exploitation , il faut attendre une vingtaine d'années pour que le sol reconstitue une végétation sur la partie centrale du " blanc ". Ce sont des végétaux propres aux sols calcaires qui s'installent en premier , pour accélérer le réaménagement , des espèces tels que  pins résineux ou feuillus , aulnes , frênes y sont plantés.


Type d'aménagement d'une digue en fin d'exploitation.


Doc : Solvay , la passion du progrés