Fête de Sainte BARBE 2017 à la mine de sel de Varangéville

Mine de sel RV Maugras 1858 - 1962

Chevalement puits RV
Mineur 1873
Au commencement du XIX ème siècle la présence de sel gemme en sous-sol était soupçonnée sans être bien connue. En 1818, une demande de sondage pour la recherche de houille aux environs de Vic-sur-Seille, amena les chercheurs à découvrir le gisement de sel gemme lorrain.
  
Après renoncement de l’État sur le monopole du sel en 1840 autorisant la libre concurrence, une loi de 1841 stipule au demandeur d’une concession à démontrer au préalable l’existence de couches de sel et d’en extraire annuellement au minimum 500 tonnes.
Découverte du gisement salifère lorrain à la saline de  Vic en 1819
Une alternance de onze bancs de sel sera mise  en évidence à Varangéville et c’est la dernière couche au mur de 17 m qui sera exploitée.
Après cette découverte, la concession de Rosières-Varangéville fut accordée par ordonnance royale le 7 juin 1845 à la Société Daguin et Cie pour l’exploitation d’un puits sec de sel gemme. 

Cette concession la plus ancienne de Meurthe- Moselle s’étend  sur le territoire des communes de Rosières-aux-Salines, Dombasle sur Meurthe , Varangéville et St Nicolas de Port pour une superficie de 848 hectares.  

Une autorisation pour une saline est instituée en 1845 par Ordonnance royale, elle devient la Société des Mines et Salines de Rosières-Varangéville avec son siège rue de la Visitation à Nancy. Elle sera dirigée par une assemblée d'actionnaires dont un Administrateur Mr Maugras en deviendra Directeur en 1868.


La saline entre en exploitation en octobre 1853, le fonçage du puits d’extraction principal débute en 1855 revêtu d'un cuvelage en bois, il traverse une épaisseur de 118 mètres de terrains calcaire et argilo-gypseux du Keuper lorrain renfermant 11 couches de sel jusqu’à la couche de sel susceptible d’être exploitée à moins 125 m. 

La base du puits appelée recette inférieure, sera le point de départ de la  galerie principale qui s’étendra sur 14 km pour une puissance de couche de 17 m au toit.


A partir de la galerie principale on ouvre à angle droit des galeries secondaires de 10 m sur 4,50 m au mur. Dans chaque recoupe de galeries parallèles à la galerie principale des piliers de 10 m sur 10 m sont laissés en place offrant toutes les garanties de résistance au toit du gisement. 

Cette technique d'exploitation dite « des chambres et des piliers abandonnés » selon un plan préétabli en forme d’échiquier,  est l'une des principales méthodes utilisées dans les mines du monde pour la stabilité à long terme des terrains de surface.

Grâce à la puissance de la couche de sel, les éboulements ne sont pas à craindre et le boisage ou boulonnage n’est pas utilisé à cette époque. Un puits de secours à échelles pour remonter les mineurs est établi pour parer un éventuel accident dans le puits principal.

Percement des trous de mine
L’abattage au front de taille s’opère à partir de trous percés à la main  bourrés de poudre noire reliée à des cordons  « Bickford » que l’on fait exploser et l’on termine de purger les quartiers de sel instables à la pince ou à la perche jusqu’à  la veine marneuse de décollement.
Chargement des explosifs
Les mineurs par groupe de 3 commencent à abattre la partie inférieure du gisement jusqu’à 2 m puis s’élèvent à l’aide d’échelles et d’échafaudages pour la partie supérieure jusqu’au toit à 4,50 m. Cet espace foudroyé en 2 fois fournit après triage et finition au pic  2 tonnes de sel marchand (de nos jours un tir de mine désagrège 550 tonnes au gisement) 

Depuis l'entrée en exploitation en 1858, les métiers pénibles de la mine amèneront à la création d’une caisse de secours alimentée par l’entreprise, par les mineurs et les saliniers de surface. Cette caisse alimentée par cotisations mensuelles, permettait l’aide aux soins médicaux et hospitaliers pour les familles ainsi que pour les appelés sous les drapeaux, une grande avancée sociale pour l'époque.

L’éclairage du front de taille se fait au moyen de lampes à huile ou acétylène, le grisou n’est pas à craindre, certaines galeries commencent à être éclairées à l’électricité.

L’opération de roulage consiste à déblayer les chantiers d’abattage pour remonter les quartiers de sel gemme en surface, la marne irisée étant laissée à fond. Le roulage en berlines est effectué en galerie manuellement par des rouleurs  ou par mulets sur voies ferrées type « Decauville »  la traction électrique apparaîtra vers 1907.


Les 3 modes de roulage à la mine de sel
A la base du puits ces berlines sont reprises par des taqueurs pour être rangées sur plusieurs niveaux dans les cages d’ascenseurs suspendues dans le puits par des câbles aloès  et tractées par une machine à vapeur en surface.

Taqueurs ouvriers chargés de l'évacuation des berlines de la recette fond  vers la recette  jour

En 1908, 150 ouvriers  mineurs ont extrait 100 000 tonnes de sel au gisement sur une superficie de 20 hectares. 
Les quartiers de sel une fois remontés en surface étaient choisis pour leur vente à l’agriculture,  le ministère de l’agriculture préconisait en 1909 à l’exposition universelle une ration de 200 g par jour de sel gemme pour un bœuf à l’engraissement, 60 g  pour un porc et 20 g pour un mouton ; représentant 95 000 t de blocs choisis pour l’année 1908.

Une autre partie était réservée à l’industrie en tant que sel égrugé c’est-à-dire broyé dans un concasseur rotatif à marteaux nommé « égrugeoir ». En 1908,  33 000 t  de sel seront égrugées pour la tannerie, la savonnerie, l’émaillage du grès, la chloruration métallurgique de l’or et de l’argent, et la production du froid par réaction endothermique. toutes ces productions de sel gemme sont expédiées par bateaux à partir de 2 estacades construites au-dessus du canal de la Marne au Rhin. 

Sel la Cigogne expo universelle 1909
Dans les années 1950 le sel gemme devient alimentaire en saline grâce à la découverte de la pompe à sel  testée à l’échelle semi-industrielle sans épuration, cette technique ne donnant pas satisfaction ne sera pas poursuivie.
La production des multiples salines à la fin du XXème siècle est bien supérieure à la demande en sel, les ventes chutent, et malgré de nombreuses médailles d’or, diplômes d’honneur aux expos internationales et bien d’autres récompenses et innovations comme le début de la compression des sels raffinés, cette mine fermera ses portes en 1962.
Une fermeture progressive des installations suite au projet de centralisation des salines de Lorraine entraînera l'arrêt saline en 1965 puis la destruction des bâtiments de surface, le carreau du puits de mine étant conservé comme deuxième puits de secours et d'aérage pour la mine St Nicolas de Varangéville après jonction avec celle-ci.

Mine RV/db/2016